Le régulateur à équation

Des régulateurs et montres à équation

Histoire

 Le terme de régulateurs désigne une horloge de précision qui correspond à des dispositions mécaniques spécifiques selon les définitions des maîtres horlogers.

Les régulateurs à équation sont en général des horloges de parquet permettant de lire l'heure moyenne (l'heure légale) et l'heure solaire, d’où leur nom puisqu'il faudra bien apporter cette correction e l'équation du temps. Il y a également quelques réalisations remarquables de montres à équation.

Il nous faut évoquer rapidement l'histoire du temps dans les derniers siècles pour expliquer ces initiatives créatrices des horlogers.

Pendant des siècles les activités humaines, les actes de la vie, les travaux des champs sont réglés sur l'heure solaire. Louis XIV par exemple, par décret, précise qu'il faut régler son temps sur le cours du soleil en se référant à l'heure donnée par les cadrans.

Le XVème siècle voit la naissance des premières horloges mécaniques ; elles sont à l'origine inutilisables car imprécises.

Au XVIème siècle quelques villes s'équipent d'une horloge publique : Dijon avec son Jacquemart, Strasbourg, Lyon …Au fil des années avec le perfectionnement et l'utilisation accrue des montres et des pendules dans la vie de tous les jours chacun prenait conscience de la différence entre le temps vrai, celui du soleil, et le temps moyen, régulier des horloges et des montres.

Mais les heures solaires assurent la mesure du temps ce qui oblige les gens à régler leur montre qui indique le temps uniforme sur le temps vrai. Chaque jour il faut avancer ou reculer les aiguilles en consultant un almanach ou en s'accordant avec un bon cadran solaire. Les horlogers sont particulièrement mécontents de cette différence, leur devise inscrite sur leurs armoiries traduit leur déception "les heures du soleil sont trompeuses"

Il fut un temps ou les deux systèmes cohabitent. Il se crée une situation de conflit, le public accusant les horlogers "de fabriquer de mauvaises pendules jamais à l'heure" puisqu'il y a … des différences avec l'heure solaire.

Pour sortir de cette situation les maîtres-horlogers imaginent un cadran garde-temps qui donne l'heure moyenne et l'heure solaire.

L'Académie des Sciences encourage cette initiative, des études et des projets sont présentés entre 1698 et 1717. La plus ancienne horloge à équation est, selon l'histoire, celle du cabinet du Roi d'Espagne Charles II vers 1715. En fait les horloges et maîtres à équation sont exécutés principalement entre 1750 et 1830.

Par curiosité reprenons le cours de notre petite histoire du temps.

Au début du XIXème siècle chaque ville a pour heure celle de sa Préfecture : temps civil moyen local. Tout voyage nécessite de remettre sa montre à l'heure. Par exemple il est midi à Dijon, il est 11h40 à Paris, 11h22 à Brest et 12h12 à Strasbourg. C'est à cette époque que le canon tonne à midi vrai.

A partir de 1840 l'avènement des chemins de fer alimente la réflexion sur la nécessité d'avoir une heure légale commune sur toute la France.

En 1884 création et définition du système des 24 fuseaux horaires.

En 1891, l'heure légale en France est celle du temps moyen au méridien de Paris; elle remplace définitivement l'heure locale.

1911 : l'heure du méridien de Greenwich

Réalisations

Par quelles dispositions ces horloges et montres permettent-elles de lire l'heure moyenne et l'heure solaire?

La première solution présentée en 1698 à l'Académie des Sciences de Paris par le Père Alexandre consiste "à partir d'une roue faisant un tour par an munie d'un disque de forme ovale dont les rayons inégaux correspondent à l'équation solaire entraine automatiquement l'allongement ou le raccourcissement du pendule". Cette horloge n'a jamais été exécutée mais l'idée de base est lancée.

Sur le plan pratique on trouve :

a) Dispositif par intervention manuelle

Nécessite un réglage journalier selon les éphémérides soit :
- par taquets mobiles pour les horloges à sonnerie
- par mise à l'heure solaire par intervention sur le mécanisme

b) Réglage automatique

Le principe de base consiste en partant des équipements mécaniques habituels à ajouter une came dont le profil est à l'image de l'équation du temps, fixée sur une roue qui fait un tour par an.

Cette came entraine le système de lecture de l'heure solaire qui agit directement sur l'aiguille du temps solaire ou qui assure la rotation d'une couronne mobile portant les minutes solaires. Les horlogers appellent cette came le haricot du fait de sa forme. Ils conviennent que l'aiguille des minutes moyennes serait en acier bleui et celle des minutes solaires en laiton accompagnée d'un petit soleil.

Voici deux exemples de réalisation du système avec came d'équation.

(Fig : 3 et 4)

 

      

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Et la brève description de trois régulateurs et d'une montre :

 

Régulateur de parquet de Robert ROBIN – 1780 (fig : 5)
Musée Paul Dupuy (Toulouse)

Le régulateur à équation

L'indication de la minute solaire est ici manuelle
En dessous du cadran principal un cadran plus petit gradué en 60 divisions porte deux aiguilles et l'inscription : équation du temps.
Il faut régler manuellement chaque jour en tournant un bouton, la valeur de l'équation sur ce cadran en minutes et en secondes ! à l'aide d'un éphéméride. ……. Provoque la rotation de la couronne dorée du cadran principal. De cette façon la lecture de l'heure solaire se fait sur cette couronne dorée simultanément avec l'heure moyenne.

 

 

 

 

 

Régulateur à équation par Jacques GUDIN - (1750) (fig : 6)
Musée des Arts et Métiers (Paris)

On remarque que la même aiguille bleui d'un côté, dorée de l'autre avec le petit soleil donne les minutes du temps moyen et du temps solaire grâce à l'artificed'un petit cadran central décalable. Celui-ci est commandé par la came d'équation.

Le cadran porte l'inscription "Les minutes du soleil" et donne le mois de l'année.

 

 

 

Régulateur à équation de WEIBEL – 1803 (fig : 7 et 8)
Musée d'Histoire et de la Médecine de Lyon

 

Cette horloge dans un coffret attribué à Georges JACOB était destiné à la salle du Conseil d'Administration des Hospices Civils de Lyon.

L'aiguille des minutes du temps moyen en acier bleui est prolongée d'une aiguille diamétralement opposée en cuivre ciselé de longueur propre à indiquer la minute solaire sur une couronne tournante (fig: 7)

 

 

 

 

Le chemin parcouru par cette couronne mobile est réglé d'après l'équation du temps; cette couronne tourne donc selon les jours dans le sens des aiguilles ou dans le sens contraire. Le temps du soleil est obtenu mécaniquement par une came

 

 

Après ce court exposé nous vous proposons de vous entretenir, toujours dans l'histoire du temps, sur la plus belle des horloge, celle que la nature nous offre en couleur : l'horloge florale. Nous commencerons par la plus célèbre : l'horloge florale de Linné 1751. Mais de tout ceci nous reparlerons dans notre prochain bulletin.

 

Et voici l'info de l'année :

L'histoire dit que John Harrisson, horloger anglais fut le premier à réaliser pratiquement un chronomètre de marine pour la détermination des longitudes en 1755. Mais ceci n'est pus vrai ! En effet lors d'une vente aux enchères chez Sotheby's aux Etats Unis en 2002 on a retrouvé fabriqué au printemps 1695 par le Hollandais Christian Huygens peu avant sa mort une horloge à équation du temps qui permet de calculer la longitude avec précision et fiabilité. Cette pendule avait disparu en 1754 déjà à la faveur d'une vente aux enchères. Elle sera à nouveau mise en vente aux enchères cet automne 2010 Ce serait selon les experts la plus ancienne des horloges marines connue à ce jour; l'histoire de la chronométrie liée à la longitude vient de reculer de 60 ans pour revenir sur le continent ; il faudra alors rendre à Huygens ce qui revenait à Harrisson.

Alfred Gadeceau

 

Publié dans le bulletin n°4de Juin 2010

 

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